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Qu'est-ce que les lieux sacrés chamaniques ?


Dans la culture de Mongolie ou les autres cultures traditionnelles qui pratiquent des rituels avec les esprits de la nature, le chamanisme fait partie de l'environnement social. Dans la culture mongole, la notion de lieu sacré est extrêmement présente, et il est tout à fait habituel de rendre un culte à une rivière, une source, ou une montagne. Il me semble que le concept de lieu sacré n'est pas toujours bien compris. Quelque chose de très important, dans la culture de Mongolie, c'est que les esprits des ancêtres retournent dans les lieux naturels. Ils ne sont pas enterrés dans les cimetières, ils ne vont pas au paradis, ni en enfer. Ils habitent, littéralement, dans les sources ou les arbres qui font l'objet d'un culte et qui sacralise un lieu. À cause de cela, les lieux sacrés sont fortement connectés à certaines lignées familiales, et un occidental qui arrive en Mongolie n'a pas forcément grand-chose à voir avec tel ou tel lieu sacré qui appartient à une lignée familiale. C'est exactement la même situation dans de nombreux lieux sacrés appartenant aux nations amérindiennes en Amérique du Nord. Marie-Claude Feltes-Strigler, dans son dernier livre[1] à référencé de très nombreux lieux sacrés sur la nation navajo, que l'on peut certainement visiter, mais auquel il est assez difficile de se connecter en tant qu’occidental, et j'en ai moi-même fait l'expérience. Et dans les cultures chamaniques, tout le monde sait très bien que dans la nature, il n'y a pas que des forces amicales, des entités paisibles, qui essayent d'entamer un dialogue harmonieux, ou de se reconnecter avec les êtres humains. Il y a aussi des forces fondamentalement opposées aux humains, qui voudraient reconquérir leur espace, qui voudraient même vampiriser les êtres humains, si besoin en se nourrissant de leur sang...Le point de vue des sociétés chamaniques sur le monde spirituel est très loin de la conception occidentale profondément poétique et sensible d'une nature idéalisée. Il y a bien la notion d'harmonie, de relation harmonieuse dans la communauté, mais celui qui est opposé à la communauté, c'est très certainement un ennemi qu'il faut éloigner ou détruire.

Un jour, j'ai rencontré, quelque part en Europe, une femme qui se disait chamane. Elle avait beaucoup voyagé dans sa tête, et elle avait séjourné quelques semaines dans le Sud-Ouest américain avec une métisse amérindienne. Le jour de son départ, elle avait reçu en cadeau une plume d'aigle marquée d'un point rouge. L'ocre, le rouge, c'est une substance qui a une signification très particulière. C'est la couleur qui indique que nous sommes véritablement des êtres humains. On retrouve ces marques d'ocre partout, jusque dans les cavernes du néolithique. Le point rouge est nécessaire pour utiliser la plume d'aigle, car il est nécessaire que les éléments naturels portent la marque de l'être humain. Ça fait partie de la technologie naturelle, la science naturelle de la plume d'aigle, tout autant que l'antenne relais fait partie de la technologie du téléphone portable. La première chose que cette femme européenne fit, lorsqu'elle revint chez elle, c'est de soigneusement effacer la marque avec de l'ocre rouge. Elle expliqua qu’il fallait rendre à la plume sa liberté pour qu'elle puisse agir. À vrai dire, c'est exactement le contraire : une plume d'oiseau ne peut agir dans le domaine des humains que si elle porte la marque de ce qui est humain. C'était pour moi une métaphore de ce néo chamanisme, un chamanisme à l'occidentale qui ne comprend pas grand-chose aux lieux et n’a pas grand-chose à voir avec la science pratiquée par les Amérindiens.

[1]À la découverte de la Terre Sacrée des Navajo Histoire, légendes et paysages de la Terre-mère au Ciel-père par Marie-Claude FELTES-STRIGLER Editeur : VÉGA ISBN : 978-2-38135-187-2

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